Aller au contenu
Nutrition et forme

Arthrose et lait : qui affirme qu’il faut arrêter les produits laitiers

Publié le Mis à jour le 9 min de lecture

Emporter ou transmettre : Par courriel WhatsApp Facebook
Arthrose et lait : qui affirme qu’il faut arrêter les produits laitiers

D’où vient l’idée que le lait abîme les articulations

Une accusation que les rhumatologues ont déjà examinée

Un rhumatologue de l’hôpital Nord d’Amiens, P. Fardellone, a fait le point sur cette accusation en septembre 2005, dans les Cahiers de nutrition et de diététique, une revue destinée aux professionnels. Il rappelle que le lait a été accusé de provoquer des douleurs articulaires et même de vraies arthrites, et que des régimes privés de lait et de ses dérivés ont été proposés comme traitements d’appoint.

Chez l’humain, les études qu’il passe en revue, peu nombreuses, ne confirment pas d’effet néfaste du lait dans l’arthrose. Elles ne le confirment pas non plus dans la goutte ni dans la polyarthrite rhumatoïde, et certaines évoquent même un effet protecteur. Chez l’animal, du lait de vache peut provoquer des arthrites d’allure allergique, modérées et passagères : ces études chez l’humain ne retrouvent pas cet effet.

Dans une étude publiée en 2017 dans la revue Osteoporosis International, P. Fardellone déclare avoir reçu des honoraires de conseil de plusieurs entreprises, dont deux entreprises laitières, Candia et Danone. Nous citons sa revue de 2005 avec ce lien d’intérêt, car elle reste l’un des rares textes en français sur la question.

Deux maladies que l’on confond

L’Assurance maladie met en garde sur sa page consacrée à l’ostéoporose, datée du 19 septembre 2024 : il ne faut pas confondre ostéoporose et arthrose, deux maladies fréquentes et différentes qui surviennent après 50 ans. L’ostéoporose rend l’os moins dense et plus fragile, et elle expose aux fractures. L’arthrose est une usure puis une destruction du cartilage des articulations.

Les produits laitiers sont étudiés du côté de l’os. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, l’Anses, écrit dans son avis de décembre 2019 sur l’alimentation des femmes ménopausées et des hommes de plus de 65 ans que le lien entre ostéoporose et produits laitiers reste le plus étudié des groupes d’aliments, avec des conclusions qui varient d’une étude à l’autre. Une page qui passe du calcium des os au cartilage des articulations parle de deux maladies différentes.

Ce que les pages officielles écrivent sur l’alimentation

Le dossier de l’Inserm sur l’arthrose, publié le 14 novembre 2022, range le surpoids parmi les facteurs de risque, parce qu’il augmente la pression mécanique sur les articulations. Parmi les mesures sans médicament, il conseille de perdre du poids en cas d’excès et d’avoir une alimentation équilibrée et diversifiée, adaptée aux autres maladies de la personne. Il conseille aussi d’adapter son environnement à son état de santé : nous avons détaillé où poser une barre d’appui dans la salle de bain.

L’Assurance maladie, sur sa page « Vivre avec une arthrose de genou » du 28 août 2024, demande une alimentation équilibrée et saine, et écrit qu’une perte de poids en cas de surcharge pondérale allège les articulations et ralentit leur dégradation. Elle conseille de marcher chaque jour en dehors des poussées douloureuses. Si se relever la nuit demande déjà de se tenir au mur, nous avons décrit ce que ce geste dit de l’équilibre.

Le 21 octobre 2026, aucune des sept pages publiques que nous avons ouvertes ne cite le lait ni les produits laitiers, ni parmi les causes de l’arthrose, ni parmi les conseils. Le mot calcium n’y apparaît que dans la définition d’une autre maladie des articulations, la chondrocalcinose, liée à des dépôts de calcium dans les articulations.

Source : relevé de notre rédaction du 21 octobre 2026 sur sept pages publiques, le dossier « Arthrose » de l’Inserm (publié le 14 novembre 2022) et six pages de l’Assurance maladie, arthrose du genou, définition et facteurs favorisants (6 novembre 2025), vivre avec (28 août 2024), traitement (22 janvier 2026), et arthrose de la hanche, définition et facteurs favorisants (5 novembre 2025), vivre avec (28 août 2024), traitement (22 janvier 2026). Méthode : texte complet de chaque page extrait, recherche des mots lait, laitier, laitage et calcium, puis lecture de chaque occurrence dans sa phrase. Résultat : zéro occurrence de lait, laitier ou laitage, trois occurrences de calcium, toutes dans la définition de la chondrocalcinose. Ce qui n’est PAS compté : les pages de la Haute Autorité de santé destinées aux médecins, les sites des sociétés savantes, et toute page publiée après le 21 octobre 2026.

Qui répète l’idée aujourd’hui

Sur cette question, deux camps intéressés publient. D’un côté, des vendeurs de compléments alimentaires et de régimes d’exclusion. De l’autre, la filière laitière elle-même, qui vend le produit en question. En relevant la première page de résultats de Google le 28 août 2026, notre rédaction y a trouvé, parmi les six premiers résultats, deux sites de la filière laitière, un laboratoire de compléments et une diététicienne qui vend un programme d’alimentation contre l’arthrose, à côté d’un site d’information santé et de la Cité des sciences.

Une page sur le lait et l’arthrose se lit donc avec trois questions. Qui la publie : les mentions légales, en bas de page, donnent le nom de l’éditeur, et un fabricant, une marque ou une interprofession vend quelque chose lié à la réponse. Sur quoi elle s’appuie : une institution nommée, une étude avec sa revue et son année, ou un témoignage. Et de quand elle date : une page sans date ne permet pas de savoir si elle tient compte des études récentes.

À retenir : un rhumatologue a examiné l’accusation en 2005 et les études chez l’humain ne confirment pas d’effet néfaste du lait dans l’arthrose. Arthrose et ostéoporose sont deux maladies différentes, et les produits laitiers sont étudiés pour l’os. L’Inserm et l’Assurance maladie parlent de poids et d’alimentation équilibrée, jamais de lait. Une page qui tranche se lit avec trois questions : qui la publie, sur quoi elle s’appuie, de quand elle date.

Ce que disent les études et les repères alimentaires

Une étude américaine sur 2 148 personnes

Des chercheurs de Boston ont publié en juin 2014, dans la revue Arthritis Care and Research, une étude sur 2 148 personnes déjà atteintes d’arthrose du genou visible à la radiographie. Leur consommation de lait a été notée par questionnaire au départ, puis l’espace entre le fémur et le tibia a été mesuré sur des radiographies jusqu’à quatre ans. Les auteurs suivent l’évolution de l’arthrose par cette mesure.

Chez les femmes, cet espace s’est moins réduit chez celles qui buvaient le plus de lait : 0,38 mm en moyenne sans lait, 0,29 mm jusqu’à 3 verres par semaine, 0,29 mm de 4 à 6 verres, 0,26 mm à 7 verres ou plus. Chez les hommes, aucune association n’a été observée. Une association observée ne prouve pas que boire du lait ralentit l’arthrose, et les auteurs écrivent eux-mêmes, dans le résumé publié sur PubMed, que d’autres études doivent reproduire ce résultat.

Le repère officiel pour les adultes

Le Haut Conseil de la santé publique a recommandé en février 2017 un repère de 2 produits laitiers par jour pour les adultes, lait, yaourts et fromages, en demandant de les varier.

L’avis de l’Anses daté du 23 décembre 2019 invite les femmes dès la ménopause et les hommes de plus de 65 ans à suivre les repères des adultes. Après 60 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes, il prévoit une légère diminution de la taille des portions quand l’activité physique reste la même, parce que la dépense d’énergie au repos diminue avec l’âge.

Ce que l’Anses a cherché sur l’arthrose

Pour préparer cet avis, l’Anses a cherché dans la littérature scientifique, entre juillet et décembre 2017, les liens entre groupes d’aliments et maladies de l’âge, avec l’arthrose parmi les mots-clés. Les liens qu’elle retient comme les plus fréquemment observés concernent la fonte musculaire, l’ostéoporose, les fonctions cognitives et les maladies des yeux : aucun ne concerne l’arthrose.

L’agence n’en tire aucun repère propre à l’arthrose. Elle conclut que les personnes de cette tranche d’âge suivent les repères des adultes, avec des portions un peu plus petites.

Avant de supprimer les produits laitiers

Supprimer un groupe d’aliments sur la foi d’une page web se discute d’abord avec le médecin traitant ou un diététicien. Cette précaution s’impose davantage quand une ostéoporose est connue, puisque c’est pour l’os que les produits laitiers sont le plus étudiés.

Apportez à ce rendez-vous la page qui vous a fait douter, avec son éditeur et sa date notés à la main. Et si l’arthrose rend déjà les courses ou la cuisine difficiles, la démarche pour obtenir de l’aide est décrite dans notre article sur la façon d’obtenir une aide à domicile.

Cet article rapporte ce qu’écrivent des sources publiques sur l’arthrose et les produits laitiers. Il ne remplace pas un avis médical, ne pose aucun diagnostic et ne prescrit aucun régime. Toute modification de l’alimentation se discute avec le médecin traitant. Les pages citées ont été relevées à leur source le 21 octobre 2026 et peuvent changer.

À retenir : une étude sur 2 148 personnes a observé chez les femmes une évolution un peu plus lente avec plus de lait, sans rien prouver, et aucune association chez les hommes. Le repère officiel reste de 2 produits laitiers par jour pour les adultes, et l’Anses n’a retenu aucun lien entre aliments et arthrose. Supprimer les produits laitiers se discute avec le médecin traitant, surtout en cas d’ostéoporose.

D'où vient cet article

Cet article est publié par Perles du Temps, sans signature individuelle. Nous ne sommes pas médecins. Ce texte n'établit aucun diagnostic et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.

Publié le . Dernière mise à jour le (inchangé depuis la publication).

Ce que cet article ne fait pas. Il donne une information générale et ne remplace pas une consultation. En cas de symptôme qui vous inquiète, parlez-en à votre médecin traitant ou à votre pharmacien. En cas d'urgence, appelez le 15.

Où vérifier par vous-même. Les informations administratives et de santé publique citées sur ce site se retrouvent sur ces sources officielles :

À lire aussi

Une erreur à signaler dans cet article ?

Chiffre périmé, lien mort, information inexacte : signalez-la, nous corrigeons. Les demandes commerciales passent par la même adresse.