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Aidants et famille

Épuisement de l’aidant : les signes qu’on ne voit pas chez soi

Publié le Mis à jour le 7 min de lecture

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Mains d'une personne âgée tenues par des mains plus jeunes

Vous vous êtes déjà surpris à être sec avec votre parent au téléphone, puis à raccrocher en vous détestant ? C’est le signe. Ce n’est pas le seul, mais c’est celui qui revient le plus dans les échanges que nous avons avec des aidants.

Disons les choses simplement. L’épuisement de l’aidant ne ressemble pas à de l’épuisement. Il ressemble à de la mauvaise humeur, à de la désorganisation, à un caractère qui se serait dégradé. C’est pour cela qu’on ne le repère pas chez soi : on croit qu’on est devenu quelqu’un de désagréable.

Les signes qu’on met sur le compte d’autre chose

Aucun de ces signes ne se présente comme de la fatigue. C’est exactement ce qui les rend difficiles à voir de l’intérieur.

Vous n’arrivez plus à décider de choses simples

Quoi manger ce soir, quel jour poser un congé, quelle boîte de conserve prendre au rayon. La charge mentale de la coordination a mangé la réserve, celle qui sert aussi à tenir son propre moral et ses relations. Ce n’est pas de l’indécision, c’est une batterie vide.

Vous vous êtes mis à éviter le téléphone

Vous voyez le nom s’afficher et vous laissez sonner, puis vous culpabilisez pendant deux heures. Nous l’avons vu des dizaines de fois, et jamais chez des gens qui n’aimaient pas leur parent. Toujours chez ceux qui en faisaient trop.

Vos propres rendez-vous médicaux sautent

Vous connaissez par cœur la date du prochain contrôle de votre mère et vous ne savez plus quand vous avez fait votre dernier bilan. C’est le signe le plus mesurable de tous, et le plus facile à vérifier : ouvrez votre agenda maintenant.

Vous ne dormez pas mal, vous dormez en alerte

Le sommeil existe mais il ne répare rien, parce qu’une partie de vous guette le téléphone. Beaucoup d’aidants décrivent exactement cela sans jamais prononcer le mot fatigue.

Vous êtes devenu injuste avec quelqu’un

Le conjoint, un frère, une sœur qui n’en ferait pas assez. La colère cherche une cible atteignable, et ce n’est jamais la bonne. Prenez le temps de relire ce paragraphe deux fois si vous vous êtes reconnu.

Décisions impossibles, évitement du téléphone, rendez-vous médicaux abandonnés, sommeil en alerte, colère mal dirigée. Aucun de ces cinq signes ne ressemble à de la fatigue, et c’est pour ça qu’on ne les voit pas chez soi.

Pourquoi ça tombe sur ceux qui gèrent bien

Il y a une mécanique, et elle est perverse. Plus vous êtes compétent, plus le système vous laisse faire.

Savoir remplir un dossier vous condamne à les remplir tous

Si vous savez monter un dossier d’APA, personne ne vous proposera de l’aide pour le suivant. La compétence démontrée devient une compétence attendue, puis une compétence due.

La disponibilité se paie

Si vous êtes joignable le mercredi, le rendez-vous sera le mercredi. Si vous répondez en trente minutes, on vous écrira plutôt qu’au service. Chaque facilité que vous offrez se transforme en attente permanente.

L’aidant qui ne grince pas devient invisible

Les professionnels ne sont pas malveillants, ils sont débordés et ils traitent en priorité ce qui grince. Un aidant efficace ne grince pas, donc il disparaît du radar, donc il porte davantage. Personne ne vous l’a dit, et c’est bien le problème.

Ce que ça coûte quand l’aidant tombe

Ce n’est pas grave, mais ce n’est pas rien non plus. Un aidant épuisé finit par tomber malade, et quand il tombe, tout l’édifice tombe avec lui. La personne aidée se retrouve alors en urgence dans un dispositif qui n’était pas prêt, avec des décisions prises en trois jours au lieu de trois mois.

Le système attribue la charge à qui la porte le mieux. Se protéger n’est pas se dérober : un aidant qui s’effondre fait basculer la personne aidée dans l’urgence, ce que personne ne veut.

Trois choses à faire, dans cet ordre

Rien de ce qui suit ne demande d’autorisation, et les trois peuvent être commencées cette semaine.

Reprendre un rendez-vous pour vous

Pas pour votre parent. Pour vous. Un médecin traitant, un dentiste, un ophtalmologiste, celui qui a sauté en premier. C’est l’acte le plus concret et le plus difficile de la liste, parce qu’il oblige à écrire votre nom dans un agenda que vous ne remplissez plus que pour quelqu’un d’autre.

Nommer ce que vous faites

Écrivez sur une feuille tout ce que vous prenez en charge en une semaine, ligne par ligne, les coups de téléphone compris. La plupart des aidants découvrent une liste de vingt à trente entrées. Cette feuille sert deux fois : à comprendre pourquoi vous êtes vidé, et à la montrer à un professionnel qui ne peut pas le deviner.

Demander le droit au répit

Le répit n’est pas une faveur, c’est un droit inscrit dans la loi et financé quand un plan d’aide existe. Il ouvre sur de l’accueil de jour, de l’hébergement temporaire ou du relais à domicile. Beaucoup d’aidants l’ignorent parce que personne ne le propose spontanément.

Dire une phrase précise, pas une plainte générale

« Je suis fatigué » ne déclenche rien. « Je n’ai pas dormi une nuit entière depuis six semaines et j’ai annulé mes deux derniers rendez-vous médicaux » déclenche une évaluation. Les services réagissent à des faits datés, pas à un état d’âme. C’est injuste et c’est ainsi.

Un rendez-vous pour vous, la liste écrite de ce que vous portez, la demande de répit, et une phrase factuelle plutôt qu’une plainte. Dans cet ordre, parce que chacune rend la suivante plus facile à obtenir.

À qui s’adresser, et ce qui existe vraiment

Quatre portes, et elles ne mènent pas au même endroit. Frapper à la bonne évite trois mois de perdus.

La plateforme d’accompagnement et de répit

C’est le dispositif conçu exactement pour ça, financé par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie. Il propose de l’écoute, du relais et parfois un accompagnement psychologique gratuit. On trouve la plus proche sur le portail pour-les-personnes-agees.gouv.fr.

Le CCAS ou le point d’information local

Le centre communal d’action sociale de la commune connaît ce qui existe à dix minutes de chez vous, ce qu’aucun site national ne sait. Demandez le service des personnes âgées et dites que vous appelez en tant qu’aidant, pas au nom de votre parent.

L’accueil de jour et l’hébergement temporaire

Une journée par semaine ou deux semaines dans l’année changent une situation. Ce sont des places financées, avec des délais d’attente qu’il faut anticiper de plusieurs mois. Le sujet se prépare quand ça va encore, jamais dans la semaine où ça craque. Il se traite en parallèle des questions d’aménagement du domicile et des services à la personne.

Votre médecin traitant, pour vous et pas pour votre parent

Prenez un rendez-vous à votre nom et dites la vraie raison en entrant. Il est le seul à pouvoir arrêter la spirale par un arrêt de travail, une orientation ou simplement en actant par écrit que vous êtes aidant. Si le refus d’aide vient de votre parent lui-même, c’est un sujet à part, et nous l’avons traité dans l’article sur le refus de la téléassistance.

Plateforme de répit pour souffler, CCAS pour ce qui existe près de chez vous, accueil de jour à anticiper des mois à l’avance, médecin traitant pour vous. Quatre portes différentes, aucune ne s’ouvre si personne ne frappe.

À qui ça s'adresse vraiment

Votre situationCe que cet article vous apporte
Vous vous êtes reconnu dans plusieurs signesCommencez par la troisième partie, dans l'ordre indiqué.
Vous tenez, mais depuis longtempsLisez la deuxième partie : le système attribue la charge à qui la porte bien.
C'est un proche qui s'épuise, pas vousLes signes de la première partie se repèrent mieux de l'extérieur que de l'intérieur.
Vous cherchez une aide financière pour la personne aidéeCe n'est pas le sujet ici. Cet article parle de vous, pas d'elle.

D'où vient cet article

Cet article est publié par Perles du Temps, sans signature individuelle. Nous ne sommes pas médecins. Ce texte n'établit aucun diagnostic et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.

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Ce que cet article ne fait pas. Il donne une information générale et ne remplace pas une consultation. En cas de symptôme qui vous inquiète, parlez-en à votre médecin traitant ou à votre pharmacien. En cas d'urgence, appelez le 15.

Où vérifier par vous-même. Les informations administratives et de santé publique citées sur ce site se retrouvent sur ces sources officielles :

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