Alzheimer et aide à domicile : ce qui change dans l’organisation d’une journée
Publié le Mis à jour le 12 min de lecture

La journée, moment par moment
Le matin et la toilette
Chez une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer, la toilette peut devenir un moment de tension avec celui qui aide. La Haute Autorité de santé l’écrit page 13 de son guide destiné aux services d’aide et de soins à domicile, publié en juillet 2020, et demande sur la même page d’annoncer la toilette pour ne pas surprendre la personne. Repère d’organisation qui ne vient pas du guide : ne pas enchaîner la toilette et l’habillage quand c’est là que l’opposition arrive.
Devant un refus, la première règle du guide n’est pas une technique, c’est un droit : le refus appartient à la personne, il doit être respecté et consigné, et il ne doit pas être vécu comme un échec. Le guide donne page 24 huit conduites à tenir, écrites pour l’équipe du service. Trois s’appliquent à un proche seul dans le salon : reporter le soin quand c’est possible, proposer autre chose pour y revenir plus tard, envisager que le refus soit provisoire. Un refus se signale au service, il ne se force pas.
Préparer l’arrivée de l’intervenante
Écrivez trois choses sur une feuille laissée en évidence : les heures habituelles de lever, de repas et de coucher, ce que votre parent fait encore seul, et ce qui a déclenché une opposition la semaine passée. Une feuille laissée en évidence est le moyen le plus fiable pour qu’une intervenante qui arrive pour la première fois sache ce qu’elle ne doit pas faire à la place.
Le guide demande de privilégier le laisser faire avant le faire avec, et le faire avec avant le faire à la place de, pour valoriser les capacités préservées. Il demande page 6 de signaler son arrivée pour ne pas surprendre, de ne donner qu’une seule information à la fois et de poser des questions fermées, une à la fois. Rappelez ces consignes au service à la signature, puis à chaque nouvelle intervenante.
La fin d’après-midi et la nuit
La HAS traite ces heures à part, page 15 : la nuit, voire la fin d’après-midi, peut amener anxiété, troubles du rythme veille et sommeil, hallucinations. Elle propose page 16 d’éviter les boissons après 19 heures et les boissons diurétiques avant le coucher, de limiter les écrans le soir, et d’augmenter la luminosité avant la tombée de la nuit quand les angoisses arrivent avec le soir.
Déplacer l’heure des boissons ne veut pas dire en réduire la quantité sur la journée. L’Assurance maladie rappelle que chez la personne âgée la sensation de soif est retardée et peu marquée, ce qui l’expose à la déshydratation, et le guide de la HAS demande page 11 de veiller à l’alimentation et à l’hydratation. Dès qu’un diurétique est prescrit, c’est le médecin traitant qui tranche.
Deux questions à poser au service avant de signer
La HAS demande page 5 d’adapter les interventions aux habitudes de la personne, rythme, rituels, lever, coucher, toilette, repas. Une famille est donc fondée à discuter les horaires de passage, et pas seulement le nombre d’heures par semaine. Le guide prévient page 4 que ses repères s’adaptent à chaque cas.
Posez donc deux questions chiffrées avant de signer. Combien de personnes différentes passeront chez nous en un mois. Et pouvez-vous caler le passage sur telle heure précise, celle où ça se passe mal chez nous.
À retenir : le refus appartient à la personne, il se respecte et se signale au service, il ne se force pas. Une feuille en évidence avec les heures habituelles et ce que votre parent fait encore seul. Le soir, déplacer l’heure des boissons sans réduire celles de la journée. Avant de signer, demander le nombre d’intervenantes par mois et un horaire de passage précis.
Le second service, et ce que coûte le premier
Ce qu’une aide à domicile ne fait pas
Une aide à domicile accompagne les actes de la vie quotidienne. Elle ne conduit pas les séances de réhabilitation prescrites par un médecin, assurées par une équipe spécialisée rattachée à un service de soins à domicile. Nous détaillons ailleurs ce qu’une aide à domicile n’a pas le droit de faire.
| Ce que vous cherchez | Qui l’assure | Qui appeler en premier |
|---|---|---|
| Toilette, repas, ménage, présence, surveillance | Service d’aide à domicile | Le conseil départemental, pour l’évaluation et l’allocation |
| Séances de réhabilitation et d’accompagnement | Équipe spécialisée rattachée à un service de soins à domicile | Le médecin traitant, pour la prescription |
| Souffler quand on est l’aidant | Plateforme d’accompagnement et de répit | Le centre local d’information et de coordination ou le centre communal d’action sociale, pour trouver la plus proche |
Qui paie les heures, et à qui le demander
Les deux démarches sont indépendantes : la demande d’heures d’aide n’attend aucune prescription, et elle se lance donc tout de suite, sans attendre le rendez-vous chez le médecin. Elle part au conseil départemental, qui envoie quelqu’un évaluer la situation au domicile avant d’ouvrir l’allocation personnalisée d’autonomie. Nous avons décrit cette démarche et ses délais dans notre article sur la façon d’obtenir une aide à domicile.
Une partie de ce que vous payez vous revient par le crédit d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile, qui ne dépend ni de l’âge ni d’un niveau d’autonomie. Comment comparer deux tarifs horaires, et ce qui fait varier le reste à charge, est expliqué dans notre article sur le prix d’une aide à domicile. Demandez le tarif horaire par écrit avant de signer.
Une séance de réhabilitation, concrètement
Un ergothérapeute ou un psychomotricien vient d’abord évaluer les capacités de la personne chez elle, puis fixe les objectifs. Ce sont les séances qui suivent qui remettent la personne en situation, la toilette, le téléphone, un trajet dans le quartier, ou qui retravaillent un geste comme s’habiller seul. Elles sont réalisées par lui et pour partie par un assistant de soins en gérontologie sous sa responsabilité, et un bilan part au médecin qui a prescrit. C’est ce que décrit le cahier des charges publié en 2018 par l’agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine, dont l’objectif est de maintenir ou développer les « capacités résiduelles », celles qui restent.
Le dispositif est national, mais la page la plus précise est régionale. L’agence régionale de santé d’Île-de-France, page mise à jour le 20 janvier 2026, écrit que ces équipes s’adressent aux personnes au stade précoce de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée, sans critère d’âge, sur prescription médicale, pour 12 à 15 séances durant 3 mois consécutifs, prises en charge à 100 % par l’assurance maladie et renouvelables chaque année si les conditions d’admission restent réunies. Deux conditions décident du oui ou du non : une prescription médicale, et un stade précoce.
Combien de services la déclarent près de chez vous
Nous avons compté, dans l’extraction publique du fichier national des établissements sanitaires et sociaux, les structures qui déclarent cette activité pour les personnes atteintes d’une maladie d’Alzheimer ou apparentée.
533 établissements déclaraient ces séances au 4 mai 2026, tous en mode d’activité « Prestation en milieu ordinaire », c’est-à-dire hors établissement. 442 d’entre eux sont des services de soins infirmiers à domicile, sur les 1 737 recensés dans la même extraction, soit 25,4 %. La médiane est de 5 établissements déclarants par département, sur les 101 départements. Un service sur quatre : la couverture est étroite, et un refus au premier numéro composé ne dit rien du second. Le centre local d’information et de coordination ou le centre communal d’action sociale de votre mairie donne les services de votre secteur, et à chacun vous posez la même question : intervenez-vous sur ma commune, et sous quel délai.
Source : extraction publique du fichier national des établissements sanitaires et sociaux sur data.gouv.fr, situation au 4 mai 2026, publiée le 12 mai 2026. Ce qui a été compté : les établissements déclarant la discipline 357, « Activité soins d’accompagnement et de réhabilitation », pour la clientèle 436, « Personnes Alzheimer ou maladies apparentées », libellés recopiés du fichier ; les 608 lignes de cette discipline portent toutes le mode d’activité 16, « Prestation en milieu ordinaire », et 572 la clientèle 436, les 36 autres portant une autre clientèle, dont 25 « MND autres que Maladie Alzheimer et Maladies Apparentées », maladies neurodégénératives, et sont écartées ; dédoublonnage sur le numéro FINESS géographique, qui ramène ces 572 lignes à 533 établissements ; codes départementaux d’outre-mer convertis en codes INSEE. Dispersion : aucun établissement déclarant à Mayotte, 16 dans les Bouches-du-Rhône. Les plateformes d’accompagnement et de répit sont comptées sur la discipline 963 : 378 au 4 mai 2026, médiane de 3 par département sur les 101 départements, aucun établissement déclarant en Guyane ni à Mayotte, ce qui ne prouve pas qu’aucune solution n’y existe. Ce qui n’est PAS compté : les places et leur disponibilité, la colonne de capacité du fichier n’ayant pas été vérifiée à sa source ; les communes réellement couvertes par chaque service ; et le fait qu’un établissement déclare une activité ne prouve pas qu’il l’exerçait ce jour-là. Rapprochement : en Île-de-France, ce comptage trouve 56 services de soins infirmiers à domicile déclarants, quand l’agence régionale de santé y annonce 60 services porteurs sur sa page du 20 janvier 2026 ; l’écart n’est pas expliqué, et la réforme qui transforme ces services en services autonomie peut déplacer une structure d’une catégorie à l’autre. Cette extraction est la dernière de ce jeu de données, remplacé depuis par des flux que nous n’avons pas consultés : ces nombres sont un instantané daté.
À retenir : lancer la demande d’heures au conseil départemental sans attendre le médecin, les deux démarches sont indépendantes. Demander le tarif horaire par écrit avant de signer. Pour les séances, une prescription et un stade précoce, 12 à 15 séances sur 3 mois sans reste à charge, dans un dispositif national. Appeler plusieurs services : un service de soins infirmiers à domicile sur quatre seulement déclare cette activité.
Tenir dans la durée
Ce que l’aidant a le droit de demander pour lui
Une plateforme d’accompagnement et de répit s’adresse à l’aidant, pas au malade, et s’appelle sans prescription. Le guide de la HAS la cite page 22 parmi les dispositifs vers lesquels orienter les proches, pour de l’information, du soutien psychologique et des solutions de répit, et nomme le centre local d’information et de coordination et le centre communal d’action sociale comme des points où la trouver.
Un salarié peut demander un congé de proche aidant, de 3 mois maximum sans accord d’entreprise plus favorable, renouvelable dans la limite d’un an sur la carrière, et l’allocation journalière du proche aidant, 66,64 euros par journée et 33,32 euros par demi-journée, versée par la caisse d’allocations familiales ou la mutualité sociale agricole. Montants affichés par service-public.fr, page vérifiée par l’administration le 15 juin 2026 et relevée par nous le 30 août 2026.
Noter, peser, signaler
La HAS écrit page 24 qu’aucun changement de comportement n’est anodin et qu’il doit être signalé à l’équipe d’encadrement du service. Concrètement : une opposition nouvelle, une chute, un réveil qui n’existait pas s’écrivent avec leur date, et se disent au service comme au médecin traitant.
Pesez le même jour chaque semaine et notez le chiffre : la HAS présente page 11 la pesée régulière comme l’une des premières indications de l’état nutritionnel. Une perte de poids se voit sur une série de chiffres datés, pas de mémoire, et c’est cette série que le médecin lira.
Quand l’organisation ne suffit plus
L’arrêt du domicile tient à plusieurs facteurs, l’état de santé, la sécurité, le logement, l’offre disponible. La tenue de l’aidant en fait partie, et le guide de la HAS demande aux professionnels de la repérer, page 22, à l’aide d’outils prévus pour cela. Les signes se lisent tôt : nous les avons listés dans notre article sur les signes d’épuisement chez un proche aidant.
Les questions qui se posent plus tôt encore, quand le diagnostic n’est pas posé, sont réunies dans notre article sur les troubles cognitifs et le maintien à domicile.
Ce qui se fait ce soir
Voici ce qui tient en une soirée et ne coûte rien. Écrire la feuille des habitudes. Noter le poids du jour, avec la date, pour ouvrir la série. Et préparer les questions du prochain appel : le tarif horaire par écrit, le nombre d’intervenantes différentes par mois, et la commune couverte.
Cet article donne des repères d’organisation et des informations administratives publiques. Il ne remplace pas un avis médical, ne pose aucun diagnostic et ne recommande aucun traitement. Toute modification des boissons, des repas ou du sommeil se discute avec le médecin traitant. Les conditions et les chiffres cités ont été relevés à leur source publique le 30 août 2026 et peuvent changer.
À retenir : la plateforme de répit s’appelle sans prescription, le centre local d’information et de coordination ou le centre communal d’action sociale donne la plus proche. Le congé de proche aidant et l’allocation journalière, 66,64 euros par jour, existent pour le salarié. Ce soir : la feuille, le premier poids, les questions du prochain appel.
D'où vient cet article
Cet article est publié par Perles du Temps, sans signature individuelle. Nous ne sommes pas médecins. Ce texte n'établit aucun diagnostic et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.
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Ce que cet article ne fait pas. Il donne une information générale et ne remplace pas une consultation. En cas de symptôme qui vous inquiète, parlez-en à votre médecin traitant ou à votre pharmacien. En cas d'urgence, appelez le 15.
Où vérifier par vous-même. Les informations administratives et de santé publique citées sur ce site se retrouvent sur ces sources officielles :
- pour-les-personnes-agees.gouv.fr, portail national de l'autonomie
- ameli.fr, l'Assurance maladie
- has-sante.fr, Haute Autorité de santé

